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Galerie d'Anatomie Comparée | Origine: Site de La grande Galerie de l'Evolution
Photographe inconnu
Quarante-deux vues du mont Angoisse | Erik Dietman, Quarante-deux vues du mont Angoisse, 6 × 3 m, 1989

…Entendus d’accord alliés contre elles, tous ont joui d’elles… C’est en elles, à l’écart, qu’ils se sont sentis enfin des hommes!… C’est par elles que leur forces s’est réparée… C’est par la possession de plus faible et de plus malheureux qu’ils ont comblé leur servitude… Ils ont annulé leurs maitres en maîtrisant pour leur propre compte la femme même de leur race… Femelles affermées, ventres en métayage mères trembleuses et résignées aux yeux clos… Statues d’absence dont tout le monde a pu disposer… Femmes tombées qui ne sont à personne et dans lesquelles le passant se vide… « les hommes ne sont bons qu’à vous cracher dans le cul » disent les femmes du marché aux poissons… Femmes pas même communes ou mises en commun, qui n’ont jamais reçu compensation ou récompense, salaire ou consolation… Femmes pas même payées – comme les prostituées le sont – mais les putains elles ont leurs maquereaux pour les protéger ! – …Femmes sifflées, recevant l’homme et sa caresse comme un chien un coup de pied dans le ventre… Femmes encore plus victimes encore plus pillées parce que plus riche tendres et sans défense… Femmes ruisselantes dont le sucre la sueur le sang et le sel des larmes collent aux doigts quand on les touche… Oui, se dit Barthélémy Kébren, c’est jusque dans leur semence que ces nègres ont été livrés à l’ennemi… Le maître régnait jusque dans le ventre de leurs mères… Le sang mieux que la chaîne… Vous êtes mon fils maintenant!

Ni coup de tonnerre, ni coup de canon n’auraient pu en ce moment réveiller le grand-père. Ni la gerbe de seigle que l’oncle venait de jeter à ses pieds avec rage.
Brusquement, des cris avaient éclaté.
Ils virent alors tout un groupe de paysans courir vers la chènevière où des hommes, dans un coin d’ombre, faisaient des signes à ceux des autres champs.
Les femmes laissaient tomber les gerbes qu’elles avaient sur l’épaule et regardaient, une main en visière, l’autre sur la hanche.
Les hommes n’hésitaient pas. Ils jetaient leurs fagots et descendaient, l’air grave, vers la chènevière.
Enfin les femmes leur emboîtaient le pas, abandonnant enfants et berceaux au milieu des gerbes.
Ils arrivèrent tous deux, le grand-père et l’enfant, parmi les premiers. Et que virent-ils ? Des paysans et, avec eux, un loup. Un vrai loup, un loup de forêt, une bête fauve. Mais il avait la tête dans un sac.
Encapuchonné de la sorte, cloué au sol, il ne pouvait plus faire de mal à personne, même aux trois hommes qui le tenaient en laisse comme un chien.
Blessé, fourbu, le loup restait couché et l’enfant se dit qu’il n’en avait pas pour longtemps et qu’on n’allait pas tarder à lâcher les chiens sur lui.
Les paysans qui le tenaient attaché étaient tout joyeux et haletants. Ils essuyaient avec leur manche la sueur de leur visage et de leur cou, et racontaient autour d’eux comment ils avaient eu la bête.
(…)
Après un long conciliabule, les paysans apportèrent un morceau de métal, une baguette, bref, ce qu’il fallait pour faire un mors.
Ils s’en servirent pour écarter les mâchoires du loup.
Le mors mis en place, ils le fixèrent à un collier de chien avec un fil de fer.
Le loup hurlait.
Puis il attachèrent au collier un clochette de mouton. Justement celle d’une des bêtes égorgées.
Ainsi bridé, ils l’emmenèrent en le traînant, car il ne se laissait pas conduire. Il regardait autour de lui, les yeux injectés de sang.
Les chiens jappaient furieusement, hurlaient comme en un jour de calamité, et se jetaient sur lui.
Mais les paysans le protégeaient encore.
Dès qu’il avait senti cette clochette sous sa gorge, le loup s’était mis à sauter, à se dresser sur ses pattes de derrière, et il poussait des hurlements épouvantables.
Plus il sautait, plus la clochette tintait, lancinante, et plus la bête perdait la tête.
Le grand-père, vert de colère, accourait par les champs en déplaçant gauchement son corps trop long. Il les rejoignit en un endroit d’où il les dominait comme du sommet d’un arbre et leur cria :
– Qu’est-ce que vous faites ?
Il n’attendit pas la réponse. Entouré de chiens et d’enfants, il continua :
– Vous n’avez pas honte ? Lâchez-moi cette bête ! Qu’est-ce qui vous prend de maltraiter un loup ? Tuez-le donc ! Qu’est-ce que ce mors ? Qu’est-ce que cette clochette ? Tuez-le, c’est plus honnête ! Vous salissez pas les mains comme ça ! Vous êtes pas un peu fous ? Qu’est-ce qui vous a pris ?
(…)
Les chiens poussaient des hurlements effroyables dans cette chaleur d’août, et le groupe avançait, sans but précis, défilant à travers champs comme une procession.
L’enfant avait peur. Il leva les yeux et vit son grand-père se découper de toute sa hauteur sur le fond brillant et chaud du ciel. Il hurlait :
– Vous n’avez pas honte, bon Dieu ! C’est à vous que ça devrait arriver, tas de merdeux ! Tas de salopes ! Enfants de putes ! Ca va tout seul, maintenant, hein, salopards !
Mais personne ne l’écoutait, sauf l’enfant.
Ils venaient de lâcher les chiens sur le loup; une vingtaine.
Le loup courrait, il boitait d’une patte de devant, il s’entravait, mais il allait leur échapper.
Il voulut entrer sous le couvert du bois : ils lui barrèrent la route. Il voulut descendre la pente : ils se mirent à débouler le sentier, eux aussi. Il les retrouvait toujours devant lui.
Il tenta de les dépasser en remontant, mais il y en avait toujours de plus rapides que lui qui l’attendaient, les mâchoires béantes.
Les hommes le regardaient se débattre en hurlant, la gueule ouverte?
Ah ! sans ce mors…
Il ne pouvait même plus bondir, ils se pressaient de tous les côtés.
C’est cette clochette qui le rend fou, se disaient des gens.
Ce tintement grêle et continu qui battait sous sa gorge, cela le rendait fou, en effet. La rage montait en lui en même temps que l’effroi, et il se tapais la tête par terre pour arracher le mors et la clochette.
(…)
Toute la journée, les chiens le poursuivirent ainsi autour des fermes, dans les champs, dans les prés, et les gens en avaient perdu toute ardeur au travail.
Méconnaissable, sanguinolent, déchiré, horrible à voir et surtout éperdu d’humiliation, il vint échouer sur l’aire du grand-père.
Il ne bougeait plus. Et la clochette devenant silencieuse, l’enfant crut que le loup avait enfin trouvé la paix.
Mais il les vit revenir et il les regarda en sanglotant tandis qu’ils écorchaient tout vif, taillaient dans sa chair, répandaient ses entrailles.
Il le dépecèrent à toute vitesse, grossièrement, horriblement. Et il y eut des gens qui restèrent là jusqu’à la nuit, à regarder les chiens ; ils étaient une trentaine, qui se pourléchaient les babines en poussant de temps en temps un hurlement sauvage, excités par l’odeur du sang.
La clochette traînait dans l’herbe, près de l’aire. Personne n’en voulut…

hop! | Photographie argentique
Vincent Chevillon

Le concept d’ubris, qui oppose la démesure insensée à l’ordre gouverné par la raison, se lie à Dionysos, à ses avatars et à ses entreprises — et, de façon plus générale, aux « mystères ». Cette figure divine est mobile, difficilement saisissable, et masque des visages multiples qui se cachent l’un l’autre. L’incertitude et le non-lieu caractérisent au premier abord ce dieu : il est né d’une mère mortelle, il a une double naissance, humaine et divine, il se plaît au jeu de l’étranger (à être le « dieu-qui-vient »), il n’a pas de domaine aux limites précises, pas d’emplacement fixe, et ses fidèles l’honorent là où leur groupe s’arrête, il choisit l’errance ; mais il n’en est pas moins un dieu de l’intérieur, il a sa place à côté des titulaires de temples et dans les fêtes anciennes de la Cité, notamment celles des phratries, celle du vin nouveau et des morts. C’est de sa puissance. de sa dynamis qu’il tient sa capacité de multiplier ses formes et de passer les frontières, dont celle qui sépare le monde des vivants au monde des morts. Il efface les coupures et brouille es classements, jette des ponts et fait communiquer ce que l’ordre doit nécessairement séparer pour être et se maintenir. Dionysos abat les barrières dressées entre le divin, le sauvage et le social. Ses fidèles tentent d’échapper à la condition humaine par une véritable régression, une fuite dans la bestialité ; ils s’ensauvagent, se comportent comme les grands carnassiers ; ils pratiquent le vagabondage dans l’espace non domestiqué et se repaissent alors de viandes crues. Leur dieu aime manger cru, frénétiquement, en donnant à cette violence — qui contredit le sacrifice civilisateur — une allure dramatique : elle est le terme d’une chasse éperdue qui débouche sur le déchiquetage de a bête à mains nues et l’engloutissement des chairs encore chaudes. L’ordre des hommes, de la Cité, est transgressé, subverti par cette dévoration; mais l’extrême sauvagerie que Dionysos entraîne avec lui « conduit du même coup à effacer toute distance entre divin et humain». « L’âge d’or côtoie sans cesse l’état bestial ; et Dionysos passe sans transition d’un monde paradisiaque aux folies de la chasse sauvage”. » Si un ordre est nié, l’actuel, c’est à l’avantage de celui, mythique, qui était au commencement, où rien ne séparait ni ne limitait et d’où toute rareté était exclue. Après la violence rituelle, la sexualité, menaçante lorsque rien ne la réfrène et qu’elle dispose d’une liberté dévoreuse. Dionysos est l’ « homme-femme » selon la qualification d’Eschyle. En lui les deux sexes ne peuvent se séparer et toutes ses manifestations mettent en cause l’élément féminin — sa compagnie est d’ailleurs celle de femmes arrachées à leur univers domestique. ll a vocation pour l’inceste, en conférant à l’union par mélange des générations, rituellement célébrée dans les cultes à mystères, un effet bénéfique. ll est l’ « amant de la reine », à Athènes, au moment culminant de la fête des fleurs, et, par cet acte, c’est la Cité, en la personne de toutes les femmes, qu’il épouse. Le dieu redoutable impose une fois l’an à cette cité dont toutes les normes sont masculines une union qui la fait femme ; pendant trois jours, il est le maître ; « il est plus fort que l’ordre olympien, et il remporte cette victoire à la tête d’une armée infernale qui attaque d’en bas ». La transgression sexuelle ritualisée, réitérant l’union toujours néfaste des dieux et des mortelles, figure le plus grave de tous les dangers : celui qui atteint la collectivité en ses assises domestiques, les fissurant et ouvrant passage aux puissances destructrices. Dionysos est associé au phallus, à une puissance d’engendrement qui lui permet de renaître éternellement de lui-même. A l’occasion de ses fêtes, il y a des phallophories, comme à Délos où un gigantesque phallus de bois doit être charrié ; bien davantage qu’un symbole masculin, celui-ci est l’affirmation d’un vouloir-vivre capable de briser tous les obstacles et de triompher de la mort — ce que Nietzsche estimait être la réalité fondamentale de l’instinct hellénique. Cette poussée vitale se révèle génératrice de brouillage dans les classements sociaux et de ruptures, créatrice de liaisons ou de communications interdites, propagatrice de mouvement et d’un désordre qui porte en lui la fécondité absolue. Dionysos fait parcourir le chemin à l’envers : les femmes qu’il entraîne rompent le mariage, ce passage qui les a conduites « de la sauvagerie à la civilisation ». Elles abandonnent l’espace civilisé, le foyer, et rejoignent les « lieux sauvages » afin de s’y livrer au libre mélange, elles renoncent à la tutelle d’Héra, la déesse matrimoniale, elles rejettent leur statut ‘épouses. Ces bacchantes ont fort mauvaise réputation, elles sont assimilées à des courtisanes qui « vont servir dans les déserts le bon plaisir des mâles» ; elles sont considérées comme des débauchées qui cachent leur débauche sous le couvert de « prétendus mystères », célébrations où l’orgie (« sur la montagne ») et la possession mystique se confondent. Dionysos est le maître tout-puissant des esprits, il s’empare des fidèles et leur impose la mania, cette démence à laquelle aucune force ne saurait résister ; par lui, une religion de polarisation orgiastique est confrontée aux religions fondatrices de l’ordre. Le rituel dionysiaque repose sur la croyance que toutes les manifestations de la vie se réduisent à un principe dont le dieu est la personnification ; lorsque celui-ci surgit en chacun des adeptes, au moment de la transe, il se produit une véritable appropriation du jaillissement vital, de cette exubérance toute soumission à un ordre. L’interprétation d’esprit psychanalytique fait du culte dionysiaque un moyen d’abaisser la frontière entre sol et l’autre, de vaincre l’altérité, de parvenir à une fusion communielle dans la participation collective au flux vital. Ceux que le dieu emplit de sa présence constituent d’ailleurs un groupe informel, le thiase, où se mêlent femmes et hommes, esclaves et citoyens : une communauté sans bomes et sans coupures exclusives. Dans la même perspective, le dionysisme a paraît comme offrant aux fidèles la possibilité « de vivre pleinement l’ambivalence du désir », de vider la mort de son sens redoutable, de dresser l’écran de la folie provoquée et rituelle face à la menace de la folie subie. En suivant Dionysos, il est possible de dresser l’inventaire des transgressions auxquelles la pensée grecque a ouvert le monde qu’elle organisait, de lever la carte des lieux de désordre auxquels elle devait faire lace au sein d’un cosmos ordonné selon sa raison. Le dieu excessif, mobile et maître de tous les égarements, générateur aussi de toutes les inquiétudes, brouille les formes par lesquelles l’ordre social est défini, bouleverse les valeurs fondatrices, nourrit l’exigence de dépassement individuel et de salut, autant que la protestation d’où naissent les forces de rupture et de subversion de la Cité. Pour ces raisons, et parce qu’il semble contredire la rationalité qui gouverne le monde grec, Dionysos apparaît comme l’étranger, « l’autre installé dans la polis ». En celle-ci, il a et il n’a pas sa place. Euripide a donné de cette contradiction une illustration dans Les Bacchantes : le retour de Dionysos à Thèbes y engendre le désordre et la conduit à l’éclatement ; mais le dieu montre dans le même temps qu’une cité entièrement gouvernable, toute tenue en son ordre, est en fait déjà morte. ll faut que le mouvement, porteur de vie et de renouvellement, mais aussi de mises en question et d’épreuves incessantes, trouve son cheminement. Ordre et mouvement doivent être ensemble, équilibres et processus loin de l’équilibre doivent coexister, comme la raison et ce qui la contredit jusqu’à l’apparence de la folie. On a dit de Dionysos qu’il lie deux systèmes de représentations du monde, deux logiques (à commencer par la masculine et la féminine), deux aspects indissociables — l’ordre de la rationalité et le désordre qui déborde celle-ci et la ravive. On a dit que Dionysos « est le lieu de toutes les contradictions majeures que la raison humaine est impuissante à assumer » ; parce qu’il provoque l’irruption de l’irrationnel et du sacré au centre de la Cité, « il est le paroxysme même de la tension tragique ». Si le dieu est l’ « emblème de la subversion dans l‘hellénisme », il en est tout autant la présence ineffaçable. il est le conquérant qui a droit au triomphe, son culte occupe une large place dans le calendrier religieux, mais sous la forme d’un système rituel ouvert aux possibles que la religion ordonnée ignore ou censure“.

Un groupe:

Partie homogène d'un ensemble dans une classification : Division en groupes et en sous-groupes.
Ensemble de choses, d'animaux ou de personnes, formant un tout et définis par une caractéristique commune : Groupe ethnique. Le groupe des moyens et le groupe des forts.
Ensemble formé par des choses ou des êtres de même nature et, en particulier, ensemble défini par le nombre ou la quantité qui le constitue (par opposition à un) : Un groupe d'arbres dans le jardin. Marcher par petits groupes.

Narcisse des Poètes |

Comme elle ne comprend que des gens qui se connaissent, la meute est supérieure en un point à la masse, qui peut croître à l’infini : même si des circonstances contraires la font éclater, la meute se regroupe sans cesse

La chute des anges | Pieter Brueghel l'Ancien & Vincent Chevillon, La chute des anges, 2016
L’arbre aux pendus | Jacques Callot, Les Misères et les Malheurs de la guerre, 1633
ex voto | Anonyme, Ex voto brésiliens, bois, 10-40 cm, 1900

La liberté fut présentée comme une fin en soi bien qu’en réalité, elle ait désigné une libération par rapport à l’oppression et à la tradition. Puisque, du côté intellectuel, il était nécessaire de justifier les mouvements de révolte, et puisque l’autorité établie était rangée au côté de la vie institutionnelle, il fut naturel d’en appeler à une autorité inaliénable et sacrée dont les individus révoltés auraient été les dépositaires. Ainsi naquit l’individualisme ”, une théorie qui dotait les personnes singulières isolées de toute association (à l’exception de celles qu’elles formaient conformément à leurs propres fins) de droits naturels et innés. La révolte contre les associations anciennes et restrictives fut convertie intellectuellement en doctrine de l’indépendance de n’importe quelle association et de toutes.

[…] Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. L’homme, Messieurs, ne s’improvise pas. La nation, comme l’individu, est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans la passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu’on a consentis, des maux qu’on a soufferts. On aime la maison qu’on a bâtie et qu’on transmet. Le chant spartiate : «Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes» est dans sa simplicité l’hymne abrégé de toute patrie. […]

Beehive | George Cruikshank, The British Beehive, 1867
Apiculteurs | Bruegel l'ancien, 30,9 × 20,3 cm, 1568, bréda
Lex Exlex | Claude Paradin, Devises héroïques et emblêmes, 1573
Mandragore | extract from Theatrum Sanitatis, 1440
San Giorgio | Paolo Ucello, Saint Georges et le dragon, 55,6 × 74,2 cm, 1459
Capitalism, anthropocene and … | Vittore Carpaccio,  Saint Georges et le Dragon, 141 × 360 cm, 1502

« Peuple désorienté. Sur quelle terre atterrir? »

Prométhée | Aaron Logan (photographe), Burning Man (Festival), 2004, Burning Man
The lazy one in the middle | Kawanabe Kyosai, The lazy one in the middle - Tales of Aesop, 1870
Les noces de Cana | Paolo Caliari dit Véronèse, Les noces de Cana, 1562
Anthropo-scène | What’s the body of the Body Politic?, 15.09.2017
Table du Silence | Constantin Brancusi
Târgu Jiu
1937
Scream Show | Vincent Chevillon, Scream Show, 07.2017
Jeune Création, galerie Thaddaeus Ropac
Branles | Vincent Chevillon, Branles, 230 × 400 × 600 cm, 2016, khiasma
Les anges noirs de l’utopie | Rediker Marcus, Tableau des relations entre équipages pirates (1714-1726), 1714
Branles | Vincent Chevillon, Branles, 230 × 400 × 600 cm, 2016, khiasma

J’appelle Nature la communauté merveilleuse où nous introduit notre corps.

"Dis moi qui tu aimes, je te dirai qui tu es." V. Hugo
"Dis moi ce qui te hantes, et je te dirai qui tu es." M. De Cerventes
"Dis moi ce que tu tais, je te dirai qui tu es." J. Stenberg
"Dis moi ce que tu crois être, et je te dirai ce que tu n'es pas." M. De Cerventes
"Dis moi ce que tu as, et je te dirai ce que tu penses." H. De Balzac
"Dis-moi comment tu racontes, je te dirai à la construction de quoi tu participes. " I. Stengers

[-Je voudrais vous poser une question simple : qu’est ce qu’un mythe?] – C’est tout le contraire d’une question simple, car on peut y répondre de plusieurs façons. Si vous interrogiez un Indien américain, il y aurait de fortes chances qu’il réponde: une histoire du temps où les hommes et les animaux n’étaient pas encore distincts. Cette définition me semble très profonde. Car, malgré les nuages d’encre projetés par la tradition judéo-chrétienne pour la masquer, aucune situation ne paraît plus tragique, plus offensante pour le cœur et l’esprit, que celle d’une humanité qui coexiste avec d’autres espèces vivantes sur une terre dont elles partagent la jouissance, et avec lesquelles elle ne peut communiquer. On comprend que les mythes refusent de tenir cette tare de la création pour originelle; qu’ils voient dans son apparition l’événement inaugural de la condition humaine et de l’infirmité de celle-ci.
On pourrait aussi chercher â définir le mythe par opposition à d’autres formes de tradition orale: légende, conte…
Mais ces distinctions ne sont jamais nettes. Peut-être ces formes ne jouent-elles pas exactement le même rôle dans les cultures, mais elles sont produites par le même esprit, et l’analyste ne peut s’interdire de les exploiter ensemble.
En quoi consiste cet esprit? Je l’ai dit, à l’opposé de la méthode cartésienne, par un refus de diviser la difficulté, ne jamais accepter de réponse partielle, aspirer à des explications englobant la totalité des phénomènes.
Le propre du mythe, c’est, confronté à un problème, de le penser comme l’homologue d’autres problèmes qui se posent sur d’autres plans: cosmologique, physique, moral, juridique, social, etc. Et de rendre compte de tous ensemble.

Le joueur de flûte de Hamelin | The Pied Piper of Hamelin
James Elder Christie (1847–1914)
National Galleries of Scotland, Scottish National Gallery
Le joueur de flûte | Un film de Jacques Demy.
Long métrage de fiction
86 minutes
35 mm - panoramique - Eastmancolor
Couleur
Avec : Donovan , Donald Pleasance , John Hurt

« Un dieu vient parfois, dit Selver. Il apporte une nouvelle chose à faire. Une nouvelle façon de chanter, ou une nouvelle sorte de mort. Il l’apporte en traversant le pont qui relie le temps du rêve et le temps du monde. Et quand il a fait cela, c’est fait. On ne peut pas prendre les choses qui se trouvent dans le monde pour essayer de les ramener dans le rêve, de les retenir à l’intérieur du rêve avec des murs et des prétextes. C’est de la folie. Ce qui existe, existe. »

Pendant des millénaires, l’homme a été un chasseur. Au cours de ses innombrables chasses, il a appris à reconstituer les formes et les déplacements de proies invisibles à partir d.empreintes laissées dans la boue, de branches cassées, d.excréments, de touffes de poils, de plumes arrachées, d’odeurs confinées. Il a appris à sentir, à enregistrer, à interpréter et à classer des traces infinitésimales comme les filets de bave. Il a appris à effectuer des opérations mentales complexes avec une rapidité fulgurante, dans l.épaisseur d’un fourré ou dans une clairière remplie d’embûches.
Des générations entières de chasseurs ont enrichi et transmis ce patrimoine cognitif. En l’absence de témoignages oraux susceptibles d’être adjoints aux peintures rupestres et aux objets travaillés à la main, nous pouvons nous reporter aux récits des contes qui nous transmettent parfois un écho (même s’il est tardif et déformé) du savoir de ces lointains chasseurs. Trois frères (nous dit un conte oriental répandu parmi les Kirghiz, les Tatars, les Juifs, les Turcs ...) rencontrent un homme qui a perdu un chameau - ou, dans d’autres variantes, un cheval. Ils le lui décrivent sans hésiter : il est blanc, borgne, porte deux outres - l’une remplie de vin, l’autre d.huile. Ils l’ont donc vu ? Non, ils ne l.ont pas vu. Ils sont alors accusés de vol et conduits devant un tribunal. Et, pour les trois frères, c’est le triomphe : en un éclair, ils démontrent comment, à l’aide d’indices minimes, ils ont réussi à reconstituer l’aspect d’un animal qu’ils n’avaient jamais eu sous les yeux.
Les trois frères sont évidemment dépositaires d’un savoir de type cynégétique (bien qu’ils ne soient pas décrits comme des chasseurs). Ce savoir se caractérise par la capacité à remonter, à partir de données expérimentales apparemment négligeables, jusqu’à une réalité complexe qui n’est pas directement expérimentale. On peut ajouter que ces données sont toujours présentées par l’observateur de façon à donner lieu à une séquence narrative dont la formulation la plus simple pourrait être : « Quelqu’un est passé par là. » Il se peut que l’idée même de narration (différente de l’incantation, de la conjuration ou de l’invocation) ait vu le jour dans une société de chasseurs, à partir de l’expérience du déchiffrement des traces. Le fait que les figures de rhétorique sur lesquelles s’appuie, aujourd’hui encore, le langage du déchiffrement cynégétique - la partie pour le tout, l’effet pour la cause - puissent être ramenées au patrimoine prosaïque de la métonymie, avec l’exclusion rigoureuse de la métaphore, renforcerait cette hypothèse - évidemment indémontrable. Le chasseur aurait été le premier à « raconter une histoire » parce qui lui seul était en mesure de lire une série d’événements cohérente dans les traces muettes (sinon imperceptibles) laissées par les proies.

Pendant des millénaires, l’homme a été un chasseur. Au cours de ses innombrables chasses, il a appris à reconstituer les formes et les déplacements de proies invisibles à partir d.empreintes laissées dans la boue, de branches cassées, d.excréments, de touffes de poils, de plumes arrachées, d’odeurs confinées. Il a appris à sentir, à enregistrer, à interpréter et à classer des traces infinitésimales comme les filets de bave. Il a appris à effectuer des opérations mentales complexes avec une rapidité fulgurante, dans l.épaisseur d’un fourré ou dans une clairière remplie d’embûches.
Des générations entières de chasseurs ont enrichi et transmis ce patrimoine cognitif. En l’absence de témoignages oraux susceptibles d’être adjoints aux peintures rupestres et aux objets travaillés à la main, nous pouvons nous reporter aux récits des contes qui nous transmettent parfois un écho (même s’il est tardif et déformé) du savoir de ces lointains chasseurs. Trois frères (nous dit un conte oriental répandu parmi les Kirghiz, les Tatars, les Juifs, les Turcs ...) rencontrent un homme qui a perdu un chameau - ou, dans d’autres variantes, un cheval. Ils le lui décrivent sans hésiter : il est blanc, borgne, porte deux outres - l’une remplie de vin, l’autre d.huile. Ils l’ont donc vu ? Non, ils ne l.ont pas vu. Ils sont alors accusés de vol et conduits devant un tribunal. Et, pour les trois frères, c’est le triomphe : en un éclair, ils démontrent comment, à l’aide d’indices minimes, ils ont réussi à reconstituer l’aspect d’un animal qu’ils n’avaient jamais eu sous les yeux.
Les trois frères sont évidemment dépositaires d’un savoir de type cynégétique (bien qu’ils ne soient pas décrits comme des chasseurs). Ce savoir se caractérise par la capacité à remonter, à partir de données expérimentales apparemment négligeables, jusqu’à une réalité complexe qui n’est pas directement expérimentale. On peut ajouter que ces données sont toujours présentées par l’observateur de façon à donner lieu à une séquence narrative dont la formulation la plus simple pourrait être : « Quelqu’un est passé par là. » Il se peut que l’idée même de narration (différente de l’incantation, de la conjuration ou de l’invocation) ait vu le jour dans une société de chasseurs, à partir de l’expérience du déchiffrement des traces. Le fait que les figures de rhétorique sur lesquelles s’appuie, aujourd’hui encore, le langage du déchiffrement cynégétique - la partie pour le tout, l’effet pour la cause - puissent être ramenées au patrimoine prosaïque de la métonymie, avec l’exclusion rigoureuse de la métaphore, renforcerait cette hypothèse - évidemment indémontrable. Le chasseur aurait été le premier à « raconter une histoire » parce qui lui seul était en mesure de lire une série d’événements cohérente dans les traces muettes (sinon imperceptibles) laissées par les proies.

Arche | Jan Brueghel the Elder  (1568–1625)
The Entry of the Animals into Noah's Ark,
oil on panel,
54.6 × 83.8 cm,
1613
Grande galerie de l'évolution | origine de l'image: Site de la grande galerie de l'évolution
Auteur: inconnu
Date: Avant son ouverture en 1994

Un monstre de la Chine dont les yeux restaient tordus, la bouche contournée, les membres torturés, réveillait l'âme par les inventions d'un peuple qui, fatigué du beau toujours unitaire, trouve d'ineffables plaisirs dans la fécondité des laideurs.

Un monstre de la Chine dont les yeux restaient tordus, la bouche contournée, les membres torturés, réveillait l'âme par les inventions d'un peuple qui, fatigué du beau toujours unitaire, trouve d'ineffables plaisirs dans la fécondité des laideurs.

Leurre | Animal Crackers Cartoon,
Roger Bollen
1967-1994

Atterrir à Venise pour échanger à propos d'Ecologie. Coupable ou responsable?

Tables
  • Regain

    [Château des Rohan]
  • Le cycle des aliments : du désiré au rejeté

    [le cycle de nos aliments]
  • Au contact du sol

    [sol]
  • Le langage silencieux

    [langage]
  • Arpentage dans le quartier

    [à la recherche des activités]
  • Un espace = un usage

    [Les usages / les espaces]
  • What grows on whale, remains.

    [A lack of hearing]
  • GUSTAW OR THE HARVEST OF SORROW

    [superstorm]
  • Métamorphoses

    [Delme]
  • Le silence d'un monde

    [A Lack of Hearing]
  • Tohora

    [A Collection]
  • A long way

    [A wake of whales]
  • Selfportrait

    [Possession et dépossessions]
  • Survies-Territoires autonomes-Grands effondrements

    [Systèmes complexes]
  • What_shores?_balise

    [What_shores?_balise]
  • Lisières

    [Les peuples de l'Ombre]
  • Et in Arcadia...

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