Pourtant la pression mortelle sur nos vies est là, sur le plus vivant et le plus précaire.

On nous dit qu’il reste à formuler une utopie. Une cristallisation. Un réactif imaginaire qui fait bouillonner les 99 %.

Des désirs épars en constellations et archipels célestes.

Dans un futur proche, les gens pleureront tellement que leurs larmes, réunies, menaceront de les engloutir. C’est ça, l’apocalypse : un déluge de larmes transformant la terre en une vaste étendue d’eau salée. En pleurant, nous participons à l’apocalypse. Mais nos larmes ressemblent aux larmes d’Orphée après l’extinction d’Eurydice. Ce sont des larmes d’amour. Ce sont des chants.

Dessin agissant : l'Hydre | Onde de forme.
purification de cristaux et de l'eau ("eau vivante")

Si l'on se met à aimer les plantes, les arbres, les étoiles, les bactéries, alors vivre deviendra impossible. Je veux dire : vivre comme un humain deviendra impossible. Car nous serons ravagé.e.s par la violence qui frappe les créatures que l'on aime. Plus on crée des liens avec le non-humain, plus on augmente notre souffrance. Mais je crois que précisément, cette souffrance est la seule solution. Nos larmes sont une bénédiction. Souffrir n'est pas un problème. Le seul problème, c'est le capitalisme. Ou mieux encore : c'est l'humain en temps que Sujet du capitalisme. L'humain fait mal. C'est un constat purement technique.
Techniquement, l'humain fait mal. Je suis humain : je fais mal, je vais mal, je suis mal. Mais ce point est précisément notre planche de salut. L'humain va tellement mal qu'il est entrain de se transformer. C'est un savoir de ce genre que nous délivre l'expression fondre en larmes. La créature qui pleure ressemble à du beurre fondu ou à un golem d'argile.

Double lacrymatoire en verre - retenir ses larmes | 4e/5e siècle - Lacrymatoire, musée de Beja (Portugal).

Et je sens vaguement en moi ce bouleversement des choses qui fait que tout se met à la renverse, n’étant plus, le roman, ce miroir par quoi je comprends le monde, mais par effet de a cithare ou de Fougère chantant, c’est le miroir qui devient roman, où les choses passent à l’état de fiction, tout ce que je vois, ma vie, la réalité même, perdant tout sens moral, tout prend valeur d’être le reflet des fictions, de l’énorme trésor des fictions par quoi depuis toujours rêvent les hommes, et je suis à la fois Iago, Vivien, Wilhem Meister, Tchichikov, Lancelot, moi-même, Julien Sorel, le Dr Jeckyll, Petchorine, Gil Blas, Tom Jones, le Prince Mychkine, Jehan de Saintré, Heathcliff ou qui vous voulez, les faits authentiques à mes pas apparaissent faits de ma folie, j’y lance comme une bûche pour l’alimenter un instant tout le paquet des songes, et la flamme s’élève, éclaire l’ombre et ne me montre au bout du compte plus que toi, Fougère, mon amour, ma beauté, mon miroir.
Les songes partagés… voilà tout à coup que j’ai compris une grande chose. Voilà ce que sont les romans. On pourrait l’écrire sur la couverture. L’Education sentimentale, songe partagé. Par exemple. Et passe le temps d’un roman, comme un songe il se dissipe, nul ne s’en émeut plus, qui pleure à lire La Nouvelle Héloïse ? Est-ce que les romans meurent comme nous, je veux dire ce qui dans l’histoire est à proprement parler le roman, le songe ? N’est-ce pas qu’on se fatigue non du songe, mais de la forme d’artifice que le songeur lui donne pour tenter de le fixer ? Et si seulement, avec le monde changeant, le songe varie de forme, prend la couleur du temps, ne subsiste-t’il pas, n’entre-t’il pas dans le grand roman des hommes, ce trésor des histoires, où ne meurent ni Œdipe ni Tristan ni Hamlet… mais renaissent, remis en scène avec des machines nouvelles, de nouveaux acteurs, dec lumières inventées, le décors qui suppose tous les songes des peintres, la perspective changée, que sais-je?

—Docteur, avez-vous déjà vu les effets de la double nature ? Quand le soleil est au midi, et que le monde prend feu, quelquefois, une voix terrible m’a parlé.
(...) Mais la nature, Docteur. Quand la nature s’éteint. (...)Quand la nature s’éteint, c’est quand la nature s’éteint. C’est quand le monde s’enténèbre au point que les mains vont à tâtons alentour et qu’après, elles se désagrègent comme une toile d’araignée. Quand quelque chose est, et pourtant, n’est pas. Quand tout est sombre, et qu’il ne reste à l’ouest qu’une lueur rouge comme sortie d’une forge.
—Gredin, voilà qu’on remue les pieds comme des pattes d’araignées.
—Les champignons. Docteur … Les champignons. Vous avez déjà vu les figures qu’ils font par terre, en poussant ? Celui qui pourrait lire ça !
— (…) On est un cas intéressant. On a une belle idée fixe. On va aller à l’asile. Sujet Woyseck, courage !

Le système d'échange dont le chasseur est le preneur assure la circulation des chairs entre les monde : d'abord celle, crue, du gibier dont le rituel ramène meurtre à une prise de viande qui nourrit l'homme et, au terme du circuit, celle, morte, du chasseur qui retourne à la (sur)nature.

"Projet Elina", Thomas Labouygues | https://vimeo.com/thomaslasbouygues
Tectites, larmes de terre (Moldavite) | verre amorphe - météorite
sa surface peut être lisse, dentelée et cicatrisée
Test cristallisation #1 |

Les murs pleurent, et leurs larmes se sédimentent. Les murs pleurent et nous pleurons avec eux. Le sel se cristallise dans la pierre des Chapelles, craquèle la peinture des salons ; il y a une géologie du pleur, une ère des larmes, et nous la vivons totalement. Le lacrymacène se déploie sous de multiples formes, de la larme pudique à l’épanchement bruyant, du pleur privé au pleur de profession. Parce que nous créons des espaces de résistance à chaque larme, pleurer est politique, pleurer est une lutte.

Etudes de fuselage pour vol supersonique | https://cap-avenir-concorde.fr/les-dossiers-de-presse/science-vie-juillet-1960-le-premier-avion-de-ligne-supersonique-sera-t-il-francais
Lacrymatoire auto | Réservoir lave glace Peugeot 307
Calendrier de Coligny |
La vierge pleure à Chypre - larmes d'huile |
Dent humaine en solitaire |

"Le caractère meurtrier du monde auquel nous devons faire face exige de nous que nous nous situions à l'intérieur des matérialités de la glace et de l'eau, et du feu, et des éléments de la chimie industrielle, et des créatures du sol, etc. Il s'agit de partir d'un ceci, d'un ici-et-maintenant concret.
Disons un grain de maïs. Prenez un grain de maïs et tirez-en des mondes, dévidez-en les fils, et suivez-les. Vous serez alors entrainés dans les dispositifs de l'agriculture industrielle, de la biodiversité du maïs, vous allez croiser les gens qui dépendent du maïs pour se nourrir, tout comme le rêve du maïs comme substitut du pétrole, et la production, déjà, de nouvelles monocultures intensives du maïs, cette fois pour l'énergie plutôt que pour la nourriture. Mais qui a faim lorsque tout ça arrive ? Qui vit et qui meurt, à l'intérieur de quelles spécificités matérielles-sémiotiques ?"

Cristallisation naturelle | cristallisation - cf. Subnature, David Gissen

Le Chthulucène demande à ce que les récits de réhabilitation soient racontés et re-racontés. Il demande à ce que les expériences minoritaires soient continuellement transmises et rejouées.
Nous touchons là à ce que Haraway appelle le présent épais (thick present). Jusqu'ici j'ai évoqué le présent épais comme un présent qui résiste aux tendances c'est-à-dire un présent interstitiel qui recèle des histoires autres que celles suggérées par les tendances lourdes.
Précisons maintenant que Haraway donne une définition plus poussée du présent épais. Cette définition, elle l'emprunte à l'anthropologue Deborah Bird Rose qui, quant à elle, l'emprunte à son terrain et aux Yarralin du nord de l'Australie. Selon eux, selon elles, selon nous ici dans le Chthulucène, le présent épais est le présent tel qu'il se déploie au fil des événements qu'on se raconte et dont on se rappelle avec un minimum de détails; des événements qui impliquent des gens et des agents dont on connaît encore les prénoms, qui sont un minimum connectés et incarnés dans les situations que nous vivons, là, aujourd'hui, dans les lieux concrets que nous occupons et où nous habitons.
Le présent peut donc être riche ou pauvre, garni ou dégarni, peuplé ou désert.
Il doit en tout cas être continuellement entretenu et épaissi et ce en reprenant les histoires, en relayant les expériences, qui seules sont capables de créer cette épaisseur temporelle.(...)
Toute cellule de notre chair,(...) tout élément de notre vie et de notre mort quotidiennes, ici et maintenant, est impliqué dans des histoires de connexions et de ramifications terriennes qu'il nous faut faire exister si nous ne voulons habiter un présent qui ne soit pas fuyant t évanescent, qui nous donne de quoi résister. Autrement dit, le présent épais s'étend sur ce qu'on appelle communément le passé, le présent et le futur pour autant qu'on se sente concerné par les histoires racontées. Le point de basculement, le point d'entrée et de sortie du présent épais, ne tient donc pas à l'éloignement temporel mais à la dramatisation et à la mise en récit de l'évènement rapporté.

Larmes de cire |
Prototype lacryma 1 |
carbone-4_nega |
Sonde lacrymale |

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-chemins-de-la-philosophie/les-chemins-de-la-philosophie-du-mardi-07-juin-2022-4159605

Tectites, larmes de Terre | https://planet-terre.ens-lyon.fr/ressource/Img449-2014-02-03.xml
Obsidienne larme d'Apache | Après le massacre d'une tribu Apache par les militaires colons, les larmes des veuves se solidifièrent en obsidienne noire, pierre volcanique à base de silice, sous l'action du Grand Esprit.
Il faut porter une obsidienne pour chasser la tristesse et faire cesser les larmes.
Peigne de Vimose - runes | Selon l'Edda poétique, un ensemble de poèmes islandais datant du XIIIe siècle, écrit en vieux norrois (ou vieil islandais), l'origine des Runes serait divine. En effet, l'invention, la découverte des Runes est attribuée à Odin. Non... pas le personnage de Marvel, bien que Stan Lee s'en soit évidement grandement inspiré, nous parlons ici du père des dieux de la mythologie nordique.
Divinité aux multiples talents, Odin est à la fois dieu de la victoire, de la mort mais aussi de la sagesse, de la poésie et de la magie. C'est surtout un dieu prêt à tout pour obtenir ce qu'il veut.
Pour recevoir la sagesse, on dit qu'Odin a laissé en gage un de ses yeux. C’était la condition pour boire au Mimirsbrunn, la source de Mímir qui apportait intelligence et connaissance de ce qui est caché.
Et c'est au prix d'un autre sacrifice que le dieu obtint le secret des runes : Blessé par sa propre lance Gungnir, Odin se pend à Yggdrasil, le frêne axial du monde, durant neuf nuits, sans boire ni manger.
Sleipnir, monture chamanique | Odin chevauchant Sleipnir pendant la chasse sauvage, Wilhelm Wägner, 1882
Hungerstein | "Si tu me vois, commence à pleurer" : la sécheresse fait réapparaître les Pierres de la Faim
https://www.radiofrance.fr/franceculture/si-tu-me-vois-commence-a-pleurer-la-secheresse-fait-reapparaitre-les-pierres-de-la-faim-9110750

[TIKTOK] - besoin de raconter des histoires / de créer du lien / de faire communauté (électronique)
Ramifications / connexions terriennes / tissu de récits
—> génère une épaisseur temporelle permettant l’émergence d’espaces de résistances
La figure du conteur (hyper-spécialisé) fait un travail de ramification terrienne, d’interconnexions, et génère de la (micro) communauté électronique (interespaces nourris de rêves, d’information, de projections, de technique …)
Plus le maillage du récit est serré, plus les connexions intra communautaires et les espaces de résistance efficaces.

[LACRYMACENE] - les conteur.euses du lacrymacène - l'ère des larmes déploie des histoires, des formes, des espaces poétiques - la transpassion ou l'art des pleurs, nous devenons les habitats de présences et de peines qui nous dépassent et nous transcendent

[CRISTAUXLIQUIDES] - nos histoires sont des cristaux liquides - elles ont les propriétés d’un liquide ordinaire et d’un solide cristallisé - objet chamanique

[LESMURSPLEURENT] - de quelles larmes

[HUNGERSTEIN] - « si tu me vois, commence à pleurer » - faire peur et faire mémoire

[ECOLOGIESRELATIONNELLES] - nouvelles écologies relationnelles - care élargit ?

Tectite - larmes de terre // verre amorphe —> quels lacrymatoires ?

Pleurer comme espace de résistance - édition/monstration systémique de la peine [tiktok] —> générer des espaces d’expression
TIKTOK - STRUCTURE DISSIPATIVE ? - order out of chaos - alliance du système et de l’évolution - micro « communautés électroniques » - une manière de faire parenté make kin et faire-société
—> "formation spontanée de structures cohérentes" (cas de la termitière)

Notions d’assemblage - quelle place à la réutilisation symbolique dans l’artisanat ? l’artisanat web ?
La production reels/tiktok comme nouvel artisanat ? Position hybride

Réalité décloisonnée - accessibilité à des espaces concrets et mentaux en même temps

.txt 4 Künstlerdorf :

Tiktok runs on trends, #cryingselfie #sadfishing #cryingfilter #breakup ... A cultural trend of editing pain and extremely precise "open source" visual codes intertwinned could evoque the social role of tears in the roman empire, or the figure of the professionnal mourner, and bring new typologies of narration at the same time. I wonder how the systemic exhibitionism and ecology of the personnal pain, and voyeurism, creates poetic spaces, how the algorythm creates micro "electronic communities". When I cry, where do the tears go ? For whom am I crying ? With whom ? What are the modern lacrymatories ? Are those tears counterfeited?
This research would at some point become an ecosystemic modular installation based on salt marsh workflows, cristallisation and algorythmic "trend logic" of sound and image reuse.


Eau morte VS biodynamisée |

_(Naufragés _Boire eau de mer: p18) 04/12 Le 4 décembre, le jour de la Saint-Barbara, trois vagues successives nous submergèrent, faisant vaciller encore davantage, les malheureux navire. Malgré notre effroi, nous reprîmes courage, nous jetant dans l’eau jusqu’à mi-corps afin de le vider de ce chargement superflu. Le 7 décembre, la tempête redoubla. A 2 heures, le navire fût à nouveau inondé. Il se renversa du côté sous le vent et, comme plus rien ne faisait contrepoids, l’eau s’y engouffra de façon effrayante. Voyant notre fin approcher et ne sachant plus que faire, nous recommandâmes nos âmes à Dieu. Je craignais tellement de me noyer que je fis apporter de l’eau, dont je bus des quantités incroyables. Je pensais qu’en en remplissant mon estomac et mon ventre, la mer ne pourrait plus y pénétrer, ce qui, tout bien considéré, était une idée fausse et insensée.

Dessins d'ophtalmologie | http://collection-jmawas.for.paris/galerie/Maladie%20appareil%20lacrymal

Nos histoires créent du lien et de l'épaisseur temporelle à être transmises et re-racontées. La figure du conteur (hyper-spécialisé) fait un travail de ramifications terriennes, d'interconnexions, et génère de la (micro) communauté électronique (inter-espaces nourris de rêves, d'informations, de projections, de technique ...). Plus le maillage du récit est serré, plus les connexions intra-communautaires et les espaces de résistance sont efficaces.

Déployer ces histoires leur confère la nature des cristaux liquides ; elles ont les propriétés d'un liquide ordinaire et d'un solide cristallisé.

  • objet chamanique ? -
    Ce temps interstitiel permet à des géométries sensibles de se tendre et de ses rétracter en forme d'onde, de visibiliser ces nouvelles écologies relationnelles issues d'une édition systémique de la peine. Dans l'état fluant du cristal liquide, les histoires et leur existence sociale, la pesanteur de l'imaginaire collectif, en font les vecteurs d'un présent mésophase.
Application "Architecture of Radio" | http://www.architectureofradio.com
Modélisation Dipôle test 1.2 | Diagramme de rayonnement dipôle test 1.2
Banque d'images Juliette 1 |
Modélisation 1 |
Star Trek : Enterprise |
Pièce Duralex #1 |

SI les récits sont partout dans les choses, si la terre est un immense tissu de récits reliés les uns aux autres, formant par leurs interactions un monde pluriel, pourquoi insister, sous la forme d’une injonction, pour dire qu’il serait vital de leur redonner leurs droits ? C’est que pour James ce récit des choses a été en quelque sorte obstrué ; nous en aurions perdu le sens. Il ne s’agit ps de faire une histoire de l’expérience du monde en identifiant le moment où le récit ds choses serait devenu inaudible, pouvant nous entrainer vers une vision nostalgique à la recherche d’un moment plus authentique.

carbone-2_nega |
Dessins préparatoires [03/11/22] |
La Madeleine pénitente | La Madeleine pénitente, Louis le Nain, 1625
OVNI - George Stock | Une des photos prises par George Stock à Passaic dans le New Jersey le 29 juillet 1952, censée montrer un ovni.
L’Équation Rammellzee | L’Équation Rammellzee, KLIMA 01
Hip-hop ’til you drop performance, Rammellzee | Rammellzee at the Whitney Museum of American Art’s, Hip-hop ’til you drop performance, New York, 1989. Photography by Brian (B. Dub) Williams. Courtesy of Red Bull Arts New York.

La science-fiction est un espace où les impossibles sont expérimentables, parce qu’elle déploie des univers logiques, rationnels, et en ce sens « réalistes », parce qu’elle est l’espace où l’on émet des hypothèses desquelles on tire des conséquences. Comme l’utopie, la science-fiction est simultanément critique et création. Elle demande : « Et si... ? » La science-fiction est une pratique consistant à allier construction et déconstruction, fiction et réalité, demain et aujourd’hui, politique et divertissement, jeu et sérieux, cause et conséquence. Elle met en scène des lignes de fuite. Comme l’écrivent Deleuze et Guattari, « [les lignes de fuite] ne consistent jamais à fuir le monde, mais plutôt à le faire fuir, comme on crève un tuyau, et il n’y a pas de système social qui ne fuit par tous les bouts, même si ses segments ne cessent de se durcir pour colmater les lignes de fuite. Rien d’imaginaire, ni de symbolique, dans une ligne de fuite. Rien de plus actif qu’une ligne de fuite, chez l’animal et chez l’homme. »
(...)
L’utopie est une forme d’association. Elle est hospitalière. Elle ne laisse pas les gens sur le carreau, qu’ils soient étrangers, humains, non-humains, extraterrestres ou mutants. C’est une réflexion sur notre monde depuis des perspec- tives inaccessibles en dehors du corps de l’utopie.

L’afrofuturisme est avant tout un espace d’hétérotopies dont les enjeux participent du combat pour la justice sociale et la dignité. C’est alors de l’évocation d’Achille Mbembe lorsqu’il parle d’« afrofuturisme et devenir-nègre du monde », ou de ce que je nomme personnellement une « phénoménologie de l’altérité » ou encore une « poïéthique de l’étrange(r) » (alien poiethics) : un rapport autre- ment inclusif et foisonnant au monde, hétérogène, hybride, décomplexé, trans- (genre/culture/humain/ temporel, au sens premier donc de traversée).
(...)
Aujourd’hui l’avenir s’est comme significativement « rapproché », et nombre des dystopies d’antan sont devenues le quotidien d’un certain nombre d’êtres humains (sécularisation de la guerre, dépendances et génocides technologiques, catastrophes écologiques, etc.), faisant perdre à la science-fiction et autres genres fantasy leur caractère subversif. A quoi s’ajoute la démocratisation de savoirs, pra- tiques, styles et références qui n’ont de cesse de faire évoluer la notion de marge, remettant l’« alternatif » au cœur du débat : espaces dématérialisés, tiers-lieux, communautés virtuelles, etc. Ainsi, qu’il s’agisse de praxis (le yoga), d’alimentation (le bio), ou de croyances (la wicca) par exemple, l’on observe le rebranding d’enseignements assez longuement marginalisés pour qu’on les croit nouveaux. Nulle surprise alors à ce que l’afrofuturisme soit, dans la même veine, remis au goût du jour ? Car d’évidence il n’échappe pas à cette tendance à la récupération (depuis les années 1960), voire de ré-appropriation (entre marquage capitalistique, fantasmes anthropologiques et sensationnalisme prospectif). Néanmoins – en tout cas là réside ma foi, subjective – parce qu’il émane et prend le parti de celles et ceux qui pendant des siècles ont incarné la plus manifeste altérité, l’afrofuturisme n’est pas juste symptomatique d’un besoin indi- viduel et collectif de curation de notre humanité-monde, mais paradigmatique de son réenchantement possible. Lieu d’une réécriture du passé et du futur en un même mouvement, sa flèche du temps n’est pas uniquement dirigée vers l’avenir : elle est multi-directionnelle. De son contexte d’origine, ségrégationniste, à nos époques contemporaines – post-coloniales, globalisées, numériques – entre cosmogonies ancestrales et science-fiction, réclamations présentes et modèles de vie performatifs...; l’afrofuturisme est synonyme de déplacement et d’hybridité, à l’échelle d’un monde en construction. Nous / je / ielles, afrofuturistes, ne sommes donc pas naïves, mais de celles et de ceux qui pour- suivent de (se) « trans-former », (se) « trans-gresser », (se) « trans-figurer », (se) « trans-cender », voire (se) « trans-muter » en tout cas d’échapper à toute défi- nition comme à tout destin figé.

Le capitalisme pharmaco-pornographique est un tissage biosémiotique qui essentialise le genre pour maintenir une hétéronorme nécessaire au fonctionnement capitaliste. Il faut faire éclater cette prison, détendre les fibres de ce tissu pour y trouver les interstices nécessaires à l’épanouissement de centaines de sexes. Queer, ce n’est pas une identité. C’est un virus biosémiotique qui altère fondamentalement nos corps toujours déjà aliénés, qui nous reconnecte avec la possibilité d’être comme on veut être, comme on peut être. C’est donc surtout un virus du désir. Nos corps sans pouvoir doivent réapprendre à désirer. Bien plus, nous devons apprendre à avoir le désir de ce que nous désirons, un désir prêt à se manifester et à dissoudre nos contraintes biochimiques.

On en parle comme on rêve. Rien n’est fait. Des troll farms féministes, des maisons communales où les tâches domestiques sont collectivisées, des cabinets de gynécologie autogérés, un pianocktail à hormones...

Les pleurs surgissent lorsque je contemple, avec la distance que procure le voyage, la mort que, en tant qu'espèce, nous avons semée sur la planète. Avec le voyage, les détails biographiques auxquels nous attachons tant d'importance dans notre vie quotidienne deviennent insignifiants. Le voyage dilue la centralité du nom propre, de l'adresse postale, dilue les institutions sociales, la famille, le couple. Je parle ici du voyage extrême : le voyage vers l'inconnu, le voyage comme transition de genre, le voyage comme traduction culturelle, ou ce que l'écrivain Enrique Vila-Matas appelait «le voyage vertical». Le voyage dépouille le sujet des connotations culturelles et le jette dans le monde comme un corps vivant.
(...)
Je monte au sommet de la tour par l'ascenseur qui parcourt 16,83 mètres par seconde, je sens mon âme humaine se détacher de mon corps animal. Cet ascenseur est un instrument techno-chamanique pour induire le voyage vertical qui provoque la dissociation du corps et de la conscience. Depuis le sommet, il n'est pas possible d'observer la ville, cachée sous une double couche de nuages et de pollution. Mon âme est restée en bas. Je vois le ventre d'un avion qui passe devant le bâtiment. Mon corps vivant est seul devant l'hybris humaine. Je pleure, cette fois sans crainte d'être observé par ceux qui m'entourent : c'est peut-être la première fois qu'ils voient un homme adulte pleurer devant cette fenêtre. Un touriste taïwanais m'offre un mouchoir. «Beautiful», dit-il. Visiblement, il pense que je pleure émerveillé par le progrès de la technologie de la construction. Je pleure parce que d'ici on peut observer la fin.

Camille 2 vécut le retour des Monarques à leur habitat de montagne hivernal. C'était le jour des Morts [Dia de los Muertos] ; les papillons revenaient comme les âmes des Mazahua. Les Monarques ne représentaient pas ces âmes ; ils étaient les syms des papillons vivants et des êtres humains morts. Des mondes multinaturalistes se formaient. Camille, certes, les avait étudiés, mais cela lui permettait à peine de les reconnaître. Quand à savoir comment les accueillir ...

k*raut.bolid*willkommen | KRAUT.BOLIDWILLKOMMEN
Vues d'exposition : Toute sortie est définitive, Espace Multimédia Gantner, Bourogne, 2023, collectif No Name, direction Clotilde Viannay et Alain Della Negra
installation modulaire, dimensions variables, armoire à pharmacie 50% contrefaite, boucle-tempête-vidéo, néons 4000k, platine vinyle et disque collectif, chaînes de sommier, fossiles et vaisseaux en résine, larmes artificielles, fleurs séchées.
Alexis Puget, 2023
Photo : François Xavier Szumski
chair-soleil, tear drinker |

Aux Lumières de la raison, je préfère les Ombres de l’affect. À la froide maîtrise de l’Enlightenment, j’oppose le pathos de l’Endarkenment. Je suis peut-être un illuminé, mais mon illumination est un obscurcissement. Ceci est bien sûr est une fiction. Le monde est sans solution. Contre une définition lumineuse et blanche de l’humain, dont on connaît la prétention à l’universalité, le processus d’obscurcissement consiste à descendre dans l’ombre, dans les cavernes où l’humain, précisément, a rejeté, refoulé, emprisonné toutes les catégories qu’ils jugeaient indignes de lui. En explorant ces cavernes, en retrouvant ces catégories déchues, on se met en mesure de conjurer les oppositions binaires qui structurent notre monde. C’est pourquoi l’Endarkenment est un projet luciférien. Lucifer, étymologiquement, c’est celui qui porte la lumière. Son corps est sombre comme l’intérieur de la terre. Mais ce corps porte la lumière.

Crop circle |

Je connais Anthoine sur le bout des doigts, quand il tient un thème, on ne l’arrête plus.
Naturellement, il se foutait de l’Archipel comme de ses dents de sagesse. Mais le film devait être, là-dedans, le décors, un discours sur la jalousie et rien d’autre. Pas la jalousie shakespearienne, qu’est-ce que nous avons à faire des sentiments élisabéthains, je vous prie ? mais la jalousie moderne, dans un monde où la femme … je ne développe pas. Se servir du poncif Othello pour parler de soi, Paris en 1938, la fête au bord du gouffre, les bandes de tueurs et l’exposition internationale, les marchandages à la guerre, l’amour dans un pays qui va mourir, les lâchetés et l’agio, l’Espagne au fond qui brûle … et vers la fin, la voix de Fougère, Fougère qu’on ne verra pas, mais en qui se traduit toute la prescience de ce qui va venir, la douleur d’un monde … « Et puis, vous voyez ce qu’il en a fait le bougre ! Là dessus, comme j’étais là, imbécile que je peux être, à discuter aux pièces, à dire Chypre, mais voyons donc, c’est Vénus toute entière …
(…)
Est-ce que, par hasard, j’aurais aussi inventé Christian ? inventé Christian il y a seize ans sonnés, sur le point de me noyer, comme on entend les cloches, est-ce que par hasard je l’aurais inventé pour survivre, ce sauveteur, et à quoi ? Ou si c’était Christian, lui, qui m’a inventé dans l’écume, qui m’a sauvé pour les besoins de la cause ?

Tables
  • What grows on whale, remains.

    [A lack of hearing]
  • GUSTAW OR THE HARVEST OF SORROW

    [superstorm]
  • Métamorphoses

    [Delme]
  • Le silence d'un monde

    [A Lack of Hearing]
  • Tohora

    [A Collection]
  • A long way

    [A wake of whales]
  • Selfportrait

    [Possession et dépossessions]
  • Survies-Territoires autonomes-Grands effondrements

    [Systèmes complexes]
  • What_shores?_balise

    [What_shores?_balise]
  • Lisières

    [Les peuples de l'Ombre]
  • Et in Arcadia...

    [Lisières]
  • Lacryma

    [Lacryma]
  • One of Us - Une communauté -

    [Groupe de recherche HEAR1]
  • Newland

    [Lisières]
  • archipels.org (Genèse)

    [1.0]
  • La peau comme support

    [tatouage(s)]
  • City

    [Multivers]
  • L’ombre de Chthulu

    [Pratiques de l'Ombre]
  • Saudade

    [MES04]
  • …raising cai(r)n…

    [SEMES]
  • Noise from order

    [bruire]
  • Mme Langlois

    [Moodboard]
  • Autant que faire se puisse

    [LEEL]
  • MEDIUM(S)

    [re-Composition]
  • (FULGURANCE |) THROUGH THE LOOKING GLASS | TRANSLATION

    [Séquences-titres (10-12/12)]
  • METATOWN SPIRIT | SÒ | VOLUTION

    [Séquences-titres (7-9/12)]
  • MASCARADE | MORPHE | TRANSFIGURER

    [Séquences-titres (4-6/12)]
  • AFRONAUTS | BLUES | LONG ROAD

    [Séquences-titres (1-3/12)]
  • édition [PROTOTYPE]

    [https://mediums.cargo.site/]
  • amon.cellemen.t

    [https://mediums.cargo.site/]
  • (res-)sources

    [https://mediums.cargo.site]
  • utopies réalisables. politique et création de l'utopie au présent

    [terreau.récolte.défrichage]
  • Indiscipline(s) oeuvrière(s)

    [Chantiers contemporains]
  • écraser le silence

    [vacarme]
  • Vacarme

    [kl]
  • One of us

    [Screamshow]
  • Et Pan!

    [REV02]
  • Yarns

    [MES03]
  • espace ouvert territoires clos

    [close]
  • Le temps du rêve

    [REV01]
  • Sonde

    [Sem]
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  • Cradle in her jaws
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    [The harvest of sadness]
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    [Possession (1981)]
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    [Gdansk - studio 3]
  • GUSTAW (DAY, NIGHT, DAWN, DUSK) - trailer bout-à-bout
    [GUSTAW - trailer test]
  • Monster tanawhia shark
    [A lack of hearing]
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  • Baleen whale's skull
    [A lack of hearing]
  • Skull of a beaked whale (Detail)
    [Fritz Grosch]
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